Futurisme de l’instant #03

Petite philosophie de la vitesse

Une première conférence en ligne à eu lieu en Italie le 14 décembre 2020. Intitulée Effetto velocità. Su Paul Virilio, elle a permis d’entendre Ubaldo Fadini et Tiziana Villani.

“Quand on lit Jules Verne, on se rend compte qu’il a un regard assez critique sur une mauvaise utilisation de la science et de la technique. Toutes les machines extraordinaires qu’il imagine dans son œuvre sont immanquablement détruites à la fin.”

— Olivier Sauzereau

Ce qui rend la situation politique actuelle si désastreuse et différente des moments de tension géopolitique passés tout au long de l’histoire est qu’aujourd’hui, la signification du préfixe “géo-” a complètement changé. Les nations ne s’affrontent plus sur une même scène géographique. Tout se déroule comme s’il n’y avait pas de monde commun à se disputer, mais plutôt une lutte généralisée sur la définition même de ce dont le monde est fait. La “nature” n’est plus l’arrière-plan d’un conflit géopolitique, mais plutôt l’enjeu même.

Afin de penser les élans et les blessures de la vie, les émotions et les affects politiques notamment mis en relief par la crise sanitaire et l’extension des mesures sécuritaires, philosophes, écrivains et historiens forgent une nouvelle raison sensible.
Ainsi, cette crise sanitaire n’est-elle pas tant révolutionnaire que « révélationnaire », selon la formule du philosophe Paul Virilio (1932–2018). Elle a révélé que nous étions entrés dans l’ère de la « synchronisation de l’émotion » qui fait qu’une déflagration, par l’effet de sa propagation mondiale et virale, provoque un « communisme des affects ». Car un événement — un attentat ou une pandémie — peut désormais former une « communauté d’émotions instantanées », expliquait l’auteur de L’Administration de la peur.

Dans tous les domaines, nous sommes sommés de nous connecter. Un asservissement volontaire au numérique qui révèle une perte de foi croissante en un réel perçu comme limité et dysfonctionnel, nous dit dans cette tribune Bertrand Naivin, théoricien de l’art et des médias, chargé de cours à l’université Paris 8 et co-auteur, avec Mélanie Georgelin, de l’essai Tous en ligne ! (Hermann, 2020).
« Rarement, dans un pays en temps de paix, sortir de chez soi n’a semblé avoir été autant anxiogène. Au risque permanent d’accident, que Paul Virilio voit comme la conséquence inévitable d’une société avide de vitesse et de productivité, s’ajoutent désormais ceux d’une contamination « coronavirale » et d’une attaque terroriste. Lesquelles ont en commun d’être des menaces invisibles qui peuvent trahir notre vigilance à tout moment et en tout lieu. Chaque personne que l’on croise peut dès lors se révéler porteuse du Covid-19 ou d’un couteau destiné à trancher la gorge du premier venu.

… Il reviendrait à l’État de mobiliser la force et les ressources de la société pour la protéger contre la mort violente, la dépossession des biens et la sujétion à d’autres peuples. Même si une telle clause de protection obéissait à des restrictions de classe, même si dans les États de formation coloniale, comme le Brésil, elle n’était valable que pour la partie ne provenant pas des personnes soumises à l’extermination et à l’esclavage, l’État a créé une adhésion basée sur le désir par rapport à cette promesse.
Dans les années 1970, Paul Virilio a inventé le terme “état suicidaire” pour contrer la tendance, nourrie par Hannah Arendt, à faire des comparaisons inappropriées entre le nazisme et le stalinisme. Virilio disait : “Regardez comment l’État tue et nous comprendrons la spécificité radicale du nazisme. Car il ne s’agissait pas de tuer des secteurs de la population ou des groupes d’opposants. Il s’agissait d’habituer la société à un horizon sacrificiel dans lequel les sujets semblent célébrer leur propre mort et leur sacrifice. Jusqu’à la fin par ce dernier télégramme d’Hitler à ses généraux, le fameux Télégramme 71, qui disait : “Si la guerre est perdue, que l’Allemagne périsse…

Après la surprise du soi-disant progressisme latino-américain (…) l’impérialisme a promu une stratégie régionale, tout en s’adaptant aux caractéristiques de chaque processus pour subvertir et détruire ces alternatives libératrices, et pour continuer à promouvoir la recolonisation des ressources et des subjectivités de notre Amérique.
La dislocation spatiale et temporelle de l’art aujourd’hui, mise en évidence par Paul Virilio, la porosité de la frontière entre les objets, les gestes, les modes et les attitudes qui se déplacent entre le monde empirique quotidien et le monde de l’art, a renforcé la croyance dans l’ère post-archétique et post-esthétique. “Il n’y a pas d’œuvres d’art”, nous dit José Luis Brea dans Le troisième seuil. Il y a des œuvres et des pratiques que l’on peut qualifier d’artistiques. Ils ont trait à une production significative, affective et culturelle, et jouent des rôles spécifiques par rapport aux sujets de l’expérience. Mais elles ne sont pas liées à la production d’objets particuliers, mais seulement à la promotion publique de certains effets circulatoires : effets de sens, effets symboliques, effets intensifs, affectifs.

Notre époque actuelle implique une écoute de la musique dite classique qui est de plus en plus conflictuelle et problématique. En effet, l’époque dans laquelle nous vivons impose, à bien des égards, un processus d’assimilation de ce qui nous entoure de manière de plus en plus frénétique, de la consommation de biens aux techniques d’apprentissage. Tout doit être fait selon les principes d’une vitesse qui n’admet aucune réplique (en ce sens, les études du philosophe et urbaniste français Paul Virilio sur la dromologie, c’est-à-dire la science qui examine la logique de la vitesse, sont pour le moins prophétiques) et qui est inévitablement amenée à déformer tout ce qu’elle touche, comme un roi Midas blasphématoire.

L’accident sanitaire

Ni sécurité globale, ni liberté totale nous dit Maël Brillant sur un blog de Médiapart :

Liberté et sécurité, santé publique et liberté, liberté et maintien de l’ordre, politisation religieuse et liberté de conscience … Réflexion sur l’individu libre dans un pays qui se tient sage.
« Alors que le rapport au passé doit se faire relatif, le seuil du futur, au mieux se dérobe, au pire nous est interdit — ce qui parait plus insurmontable. Nous pouvons accepter un passé relatif mais comment faire face à l’idée d’un avenir impossible ? Nous observerons plus tard comment le futur se dérobe. Mais au sujet du futur interdit, regardons les crises déjà là (configurant celles à venir) : crise de la représentation politique, crise économique, crise écologique, crise diplomatique, crise des sciences et réenchantement du monde… Crise totale de la modernité. Jamais celle-ci n’a côtoyé d’aussi près ce que Paul Virilio appelait « l’accident général ». Sans aucun doute, nous vivons sous la coupe d’un avenir incertain. Et, sans aucun doute, celui-ci tranche avec la crainte de l’hiver nucléaire des années 70 où la diplomatie pouvaient encore intervenir.

Symphonie du silence n’est pas un oxymoron, mais une correction de perspective : la musique connaît l’importance des pauses entre les notes depuis John Cage. Pas de chanson sans souffle. La poésie vit précisément de l’élargissement du moment. Il n’a jamais été question de temps technique, de temps chronométré, mesuré par la désintégration des atomes, mais toujours de temps perçu, subi, étiré. Et jusqu’à il y a un an, il semblait y avoir de moins en moins de ce temps, comme si tout le sable s’était écoulé des horloges et — comme le silicium — dans les ordinateurs.
Certes, la plainte concernant l’accélération est plus ancienne que le chemin de fer, et des décennies après Paul Virilio, elle n’est pas non plus particulièrement originale. Mais nous avons eu du mal à suivre : guerres, “gilets jaunes”, championnats du monde, superproductions, maisons intelligentes, marchés boursiers de la coke, NSU, NSA, AfD, Brexit, Trump, Groko, Amazonie en flammes, Australie en flammes, Californie en flammes, Twitter, Twitter, Twitter, Tiktok. Cela donnerait le vertige même aux futuristes. Et puis, pendant la nuit, toutes les roues se sont soudainement arrêtées ; toute la machine mondiale surchauffée est entrée en hibernation.

Rock around the bunker

Archéologie

De nombreux bunkers sont réapparus cet hiver. Signe des temps ?

Le bunker vit une jouvence dans les jeux vidéos

Bunker renaissance

Bunkers revival

Une maison à Las Vegas, avec son bunker secret : vue de la rue, elle ressemble à une maison modeste et banale de deux étages, mais elle cache un paradis élaboré de 15 000 pieds carrés en sous-sol. Le défunt propriétaire Jerry Henderson a construit la maison dans les années 1970 et, en tant que pionnier de la “vie souterraine”, il voulait ajouter un bunker qui serait assez confortable pour y vivre.

Les technologies fatales

Cybernétique

“La question ce n’est pas de savoir si on a été touché par une cyberattaque mais quand est-ce qu’on le sera”. Cyberattaques, vols de données, rançons numériques ou simples dysfonctionnements… face aux risques accrus dans le numérique, les collectivités doivent se préparer.

Du côté du nucléaire

Virginie propose unn marché de Noël “drive-in” dans une ancienne centrale nucléaire en Allemagne. Les visiteurs peuvent se promener en voiture sur 2,5 kilomètres devant un paysage hivernal illuminé de 300 sapins et de neige artificielle ainsi que devant l’ancienne cheminée de la centrale.

Le littoral infini

Littoral marin

Le littoral vertical

Merci une nouvelle fois à Virginie qui occupe ses nuits à d’étonnantes découvertes.

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Laboratoire d’architecture à la poursuite de l’écologie grise de Paul Virilio / Architectural studio in pursuit of Paul Virilio’s grey ecology

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